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Le perfectionniste feignant

Liberté, égalité, propriété [1]

20 Mai 2013, 21:21pm

Publié par Johnny Super-Trempe

Cette parcelle de terre lui appartenait. Cela devait être sa propriété, mais il la refusa. Ne tenant pas compte du principe capitaliste de la propriété, Vincent ne pensa pas un seul instant profité d’un système qu’il combat depuis qu’il a une pensée politique. C’est pourtant l’endroit où il a grandi, où il a vécu jusqu’à maintenant, l’endroit que son père avait bâti, et il l’abandonne. Que devient la volonté du propriétaire quand celui-ci se retrouve entre quatre planches ? L’héritage le fit devenir propriétaire, il devenait donc celui dont la volonté domine sur cette propriété, qui ne lui appartient au final que par un lien familial. Il exerça son droit de propriété le plus minimaliste possible pour se destituer de celui-ci. Il refusa donc son statut insultant de propriétaire. Refuser l’héritage, étant le dernier de sa famille, convient de laisser cet endroit à l’Etat, capitaliste, républicain et faussement démocrate. Il n’y a pas d’autre alternative à ses yeux, et il a choisi celle qui lui semblait la moins mauvaise. Quand un choix se propose à nous, on fait rarement le meilleur choix, mais le moins pire – principe de base sur lequel repose notre « démocratie » actuelle. Il aurait pu céder la propriété à une association, à des personnes dans le besoin, mais il appliquerait une décision totalement arbitraire et exercerait au plus haut point son droit de propriété : choisir qui serait assez légitime à ses yeux pour avoir le droit de jouir de cette maison, de ce terrain. Décision totalement subjective, équivalent à un droit de logement ou non sur qui bon lui semble. Il n’a pas assez de terre pour que tous les nécessiteux en profitent, c’est donc soit tout le monde, soit personne. Ce sera l’Etat, le moins nécessiteux et le pire des quémandeurs. On ne fait pas les choix que l’on veut quand il s’agit d’égalité entre les gens et les lois en place interdisent la véritable notion d’égalité.

« Tu crois pas que tu vas trop loin avec ta notion d’égalité ? lui demanda Luis,un ami proche.

-Non. Si je ne commence pas par-là, si je suis incapable d’appliquer ma propre pensée uniquement parce que des sentiments s’en mêle ou parce que faire la charité est vu comme un bon geste, alors qu’il ne fait qu’enfoncer les gens, ne leur rend pas service, les place dans une position de dominé, et il te remercie pour cela en plus ! Si je fais ça, je ne serais pas digne de la pensée et du courant politique que je veux inculquer plus tard.

-Oui mais là on ne parle pas de donner quelque chose d’inutile ou, au contraire, d’un don qui pourrait changer l’humanité entière. Tu donnes de l’importance à des choses futiles et par-là, tu te donnes aussi trop d’importance.

-Peut-être, mais si je ne commence pas par cette héritage, je ne commencerais jamais. Ce n’est peut-être qu’une parcelle de terrain sans importance aux yeux du monde, mais ça va être le début d’un combat qui risque de changer, sinon la face du monde, au moins la face de ce pays. »

Vincent se leva, paya sa part d’addition, puis parti sans dire mot.

Liberté, égalité, propriété [1]

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